Racines et poudre d'ashwagandha avec gélules de complément alimentaire sur surface en marbre
Santé naturelle

Ashwagandha interdit au Danemark, sous surveillance ANSES en France : qui doit arrêter d'en prendre ?

Ashwagandha interdit au Danemark, sous surveillance ANSES en France. Profils à risque, dosages et alternatives : le point factuel complet.

Thomas Lechèque
20 March 2026 08:00 · 7 min de lecture
Sommaire

L'ashwagandha est le complément adaptogène le plus vendu en France. Pourtant, depuis avril 2023, il est purement et simplement interdit au Danemark. En France, l'ANSES a publié un avis formel après huit signalements d'effets indésirables. Et à l'échelle européenne, la Commission a été saisie pour une procédure de restriction qui pourrait tout changer. Entre interdiction nordique, surveillance française et vente libre en pharmacie : où en est-on vraiment ? Et surtout, qui devrait arrêter d'en prendre dès maintenant ?

Ashwagandha interdit au Danemark : la chronologie réglementaire

L'histoire commence en 2020. L'Université technique du Danemark (DTU) publie une évaluation de risque et conclut qu'il est « impossible de fixer une dose sûre » pour l'ashwagandha, en raison d'effets potentiels sur les hormones thyroïdiennes, les hormones sexuelles et de suspicions d'action abortive.

En avril 2023, le Danemark passe à l'acte : interdiction totale de la vente de tout complément contenant de l'ashwagandha. Retrait immédiat des rayons, sans exception. Le pays utilise même le système d'alerte rapide européen (RASFF) pour saisir les produits vendus en ligne à destination de ses citoyens.

Précision importante : cette évaluation danoise fait débat dans la communauté scientifique. Une revue publiée dans Phytotherapy Research en 2024 estime que le rapport DTU s'appuie sur une méthodologie contestable et ne tient pas compte de plus de 500 études de sécurité publiées depuis, selon l'analyse parue dans PMC. Ce désaccord entre experts explique en partie pourquoi tous les pays n'ont pas suivi le Danemark.

En parallèle, la France emprunte un chemin différent. En avril 2021, la DGCCRF saisit l'ANSES après huit cas d'effets indésirables « susceptibles d'être liés » à la consommation de compléments à base de Withania somnifera. L'ANSES publie ses conclusions en avril 2024, avec des recommandations restrictives ciblées, selon NutraIngredients.

En juin 2024, le dossier prend une dimension européenne : le groupe des chefs des agences de sécurité alimentaire de l'UE recommande de prioriser l'ashwagandha pour une procédure Article 8 du règlement (CE) 1925/2006. Si cette procédure aboutit, elle pourrait mener à une restriction, voire une interdiction, à l'échelle de toute l'Union européenne. La Commission européenne a mandaté l'EFSA pour conduire une évaluation formelle, mais aucun calendrier précis n'a été communiqué, selon NutraIngredients.

Entre-temps, d'autres pays agissent. La Pologne a fixé des doses maximales : poudre de racine plafonnée à 3 g par jour, withanolides limités à 10 mg par dose quotidienne, selon le panorama réglementaire de RegASK. La Suède et la Finlande envisagent des mesures similaires. Le Royaume-Uni a lancé sa propre évaluation via la FSA. L'Allemagne poursuit sa surveillance via le BfR.

Quels dangers identifiés : ce que disent l'ANSES et la DTU

Les signaux ne viennent pas de blogs ni de réseaux sociaux, mais d'institutions de référence. Voici ce que l'ANSES et la DTU ont documenté.

Foie. Des cas d'atteintes hépatiques ont été signalés dans les systèmes de nutrivigilance français et danois. L'ANSES mentionne des suspicions de toxicité hépatique parmi les huit cas analysés. Ce n'est pas un effet fréquent, mais c'est un signal pris au sérieux par les autorités sanitaires.

Thyroïde. L'ashwagandha peut modifier les niveaux d'hormones thyroïdiennes, notamment en stimulant la production de T4. Pour une personne en bonne santé, l'impact est probablement limité. Mais pour les patients sous lévothyroxine ou avec une pathologie thyroïdienne, le risque d'interférence est réel et documenté par l'ANSES.

Hormones sexuelles et fertilité. L'évaluation danoise a identifié des effets sur la fertilité et des suspicions d'action abortive, un point central dans la décision d'interdiction de la DTU. Cependant, une revue systématique de 2018 citée dans Phytotherapy Research suggère au contraire que l'ashwagandha pourrait améliorer la qualité du sperme. Les données restent contradictoires.

Système nerveux central. L'ashwagandha a une action sédative reconnue. Associée à des traitements dépresseurs du SNC (anxiolytiques, somnifères), elle peut potentialiser leurs effets, selon l'ANSES.

Coeur. Des suspicions d'atteintes cardiaques figurent parmi les signalements français.

L'ANSES relève également des suspicions de génotoxicité observées in vitro et in vivo sur différentes préparations de Withania somnifera. Les données sont préliminaires. La revue publiée dans PMC conteste ce point et rapporte une « absence de mutagénicité ou de génotoxicité » dans les études cliniques. Le débat reste ouvert, ce qui justifie à lui seul une vigilance accrue.

Qui devrait arrêter immédiatement

Ce ne sont pas des précautions vagues : ce sont les recommandations explicites de l'ANSES (avis n° 2021-SA-0077). Les profils suivants devraient cesser toute consommation et consulter un professionnel de santé :

  • Personnes avec une pathologie thyroïdienne (hypo- ou hyperthyroïdie, traitement par lévothyroxine)
  • Personnes avec une pathologie hépatique ou sous traitement hépatotoxique
  • Femmes enceintes ou allaitantes (suspicion d'effet abortif, usage traditionnel comme abortif)
  • Personnes de moins de 18 ans (données de sécurité insuffisantes)
  • Personnes sous traitement sédatif ou anxiolytique (risque de potentialisation)
  • Personnes avec une pathologie cardiaque
  • Personnes présentant une hyperandrogénie

Si vous vous reconnaissez dans l'un de ces profils, la recommandation est claire : arrêtez et parlez-en à votre médecin ou pharmacien. Ce n'est pas de l'alarmisme, c'est de la prudence institutionnelle fondée sur l'avis formel de l'ANSES.

Et si vous n'êtes dans aucun de ces cas ?

Précision importante : la France n'a pas interdit l'ashwagandha. La vente reste légalement possible, et les fabricants doivent afficher des avertissements sur les étiquettes. Mais le produit est disponible en pharmacie et en magasin bio.

Si vous en prenez occasionnellement, sans facteur de risque identifié, pas de panique. Voici les repères à retenir :

  • Respectez les dosages. En l'absence de norme française, le plafond polonais constitue une référence utile : maximum 3 g de poudre de racine par jour, maximum 10 mg de withanolides par dose quotidienne.
  • Privilégiez les extraits standardisés (type KSM-66 ou Sensoril) de marques traçables, avec des dosages clairement affichés sur l'étiquette.
  • Limitez la durée. Une cure de plus de trois mois sans suivi médical n'est pas recommandée. Prévoyez des fenêtres d'arrêt.
  • Faites un bilan. Si vous consommez de l'ashwagandha depuis longtemps, un contrôle thyroïdien (TSH, T3, T4) et hépatique (transaminases) est une précaution raisonnable.
  • Signalez tout effet indésirable à votre médecin et au dispositif de nutrivigilance de l'ANSES.

Gardez aussi à l'esprit que le Danemark ne se contente pas d'interdire la vente sur son territoire : il traque activement les produits vendus en ligne via le système RASFF. Ce niveau de vigilance traduit un signal réglementaire clair.

Ashwagandha interdit en Europe : que pourrait changer la procédure EFSA ?

Concrètement, qu'est-ce que la procédure Article 8 signifie pour vous ?

Si l'EFSA confirme les risques après son évaluation, la Commission européenne pourra restreindre ou interdire l'ashwagandha dans les compléments alimentaires à l'échelle des 27 pays de l'UE. La procédure est en cours, mais aucun calendrier précis n'a été fixé. Selon Medfiles, le processus pourrait prendre plusieurs années.

En attendant, le paysage réglementaire se durcit progressivement. Comme pour la berbérine, récemment épinglée par l'EFSA pour l'impossibilité d'établir un seuil sûr, l'ashwagandha illustre une tendance de fond : les compléments alimentaires à base de plantes font l'objet d'un examen de plus en plus strict en Europe.

Trois alternatives adaptogènes avec un meilleur profil de sécurité

Si vous cherchez un adaptogène avec moins de zones d'ombre réglementaires, trois options se distinguent par leur dossier de sécurité.

Rhodiola rosea. Elle agit sur la noradrénaline et la dopamine, avec un effet rapide sur l'énergie et la clarté mentale. Son profil de sécurité est favorable : pas d'effet sédatif marqué, pas d'action thyroïdienne connue, et selon les données de pharmacovigilance disponibles, un profil d'effets indésirables très limité aux doses recommandées (200 à 600 mg d'extrait standardisé par jour). Idéale pour le stress associé à la fatigue. Si vous souffrez d'allergies saisonnières, elle pourrait aussi soutenir votre résistance au stress printanier.

Eleuthérocoque (ginseng sibérien). Tonique physique et mental utilisé depuis des décennies. Pas de signal de toxicité hépatique dans les données de pharmacovigilance. Dose habituelle : 300 à 400 mg d'extrait standardisé par jour. Seule précaution notable : évitez de l'associer à la caféine, au risque d'une stimulation excessive.

Ginseng (Panax ginseng). L'adaptogène classique, avec une base de preuves solide pour la fatigue et le soutien immunitaire. Il est mieux étudié que l'ashwagandha sur le long terme. Dose courante : 200 à 400 mg d'extrait standardisé par jour. Contre-indication principale : l'hypertension non contrôlée.

Ces trois plantes ne sont pas des substituts parfaits de l'ashwagandha (chaque adaptogène a son profil propre), mais elles offrent des bénéfices comparables avec un dossier de sécurité nettement plus rassurant à ce jour. Parlez-en à votre pharmacien pour choisir celle qui correspond le mieux à vos besoins.

En cas de doute sur un complément alimentaire, consultez un professionnel de santé.

Thomas Lechèque

Journaliste scientifique passionné de santé publique, Thomas décrypte les études, les alertes institutionnelles et les données nutritionnelles pour les rendre accessibles à tous. Il croit que comprendre la science, c'est reprendre le pouvoir sur sa santé.