Colonies de bactéries intestinales en gros plan dans des tons bleus et verts sous éclairage de laboratoire
Santé naturelle

CAG-170, bactérie clé du microbiote : Cambridge révèle ce que vos probiotiques ignorent

L'étude Cambridge sur 11 115 personnes identifie CAG-170, bactérie clé du microbiote absente de tous les probiotiques. Décryptage et conseils.

Thomas Lechèque
17 March 2026 08:00 · 9 min de lecture
Sommaire

Vous prenez des probiotiques pour entretenir votre flore intestinale ? Une méta-analyse internationale menée par l'Université de Cambridge sur 11 115 personnes dans 39 pays vient de bousculer ce que l'on croyait savoir sur le CAG-170 et le microbiote intestinal. Les bactéries les plus systématiquement associées à la bonne santé ne figurent dans aucun complément alimentaire vendu en pharmacie. Et personne n'a encore réussi à les cultiver en laboratoire.

Ces bactéries portent un nom de code, CAG-170, et elles pourraient bien redéfinir notre approche du microbiote. Concrètement, qu'est-ce que ça change pour vous ?

Ce que l'étude de Cambridge a découvert sur CAG-170

Publiée le 9 février 2026 dans la revue Cell Host & Microbe, cette méta-analyse a passé au crible 11 115 métagénomes intestinaux provenant de 39 pays (Europe, Amérique du Nord, Asie). L'équipe, dirigée par le Dr Alexandre Almeida du Department of Veterinary Medicine de Cambridge, avec les co-auteurs Ana C. da Silva, Jacob Lapkin, Qi Yin et Efrat Muller, a catalogué plus de 4 600 espèces bactériennes dans l'intestin humain.

Le constat est saisissant : environ 3 000 de ces espèces n'avaient jamais été observées auparavant. Elles appartiennent à ce que les chercheurs appellent le « microbiome caché », un ensemble de micro-organismes connus uniquement par leur empreinte génétique.

Parmi eux, un groupe bactérien se distingue : CAG-170. Ses niveaux sont systématiquement plus élevés chez les personnes en bonne santé, et plus bas chez celles atteintes des 13 pathologies non transmissibles étudiées. Cette corrélation se retrouve dans les 39 pays analysés, ce qui en fait un marqueur remarquablement constant à l'échelle mondiale. Selon les chercheurs, CAG-170 est le « taxon le plus central » dans les réseaux écologiques des populations en bonne santé.

Pourquoi ces bactéries sont si importantes pour le microbiote intestinal

Ce qui rend CAG-170 particulièrement intéressant, c'est son rôle dans l'écosystème intestinal. Selon l'étude de Cambridge, ces bactéries produisent des niveaux élevés de vitamine B12. Mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, cette B12 ne bénéficie pas directement à l'hôte humain : elle agit comme une « molécule auxiliaire » qui nourrit les autres bactéries bénéfiques du microbiote intestinal. CAG-170 agit donc comme un pilier de l'équilibre microbien.

Ces bactéries possèdent également des enzymes capables de dégrader les glucides, les sucres et les fibres alimentaires. Résultat : une meilleure extraction des nutriments et la production d'acides gras à chaîne courte, essentiels pour la santé de la paroi intestinale.

Des niveaux bas de CAG-170 sont associés à un éventail inquiétant de pathologies : maladies inflammatoires de l'intestin, obésité, syndrome de fatigue chronique, maladie de Crohn, cancer colorectal, maladie de Parkinson, sclérose en plaques, mais aussi syndrome de l'intestin irritable, polyarthrite rhumatoïde, anxiété et dépression. Comme le résume le Dr Almeida : « Ce sont une composante fondamentale et sous-estimée de la santé humaine. »

Attention toutefois : corrélation ne veut pas dire causalité. L'étude montre un lien statistique robuste, mais les mécanismes exacts par lesquels CAG-170 pourrait influencer ces pathologies restent à élucider par des études interventionnelles.

Pourquoi vos probiotiques passent à côté de CAG-170

Les probiotiques commerciaux reposent sur des souches de Lactobacillus et Bifidobacterium sélectionnées il y a des décennies, bien avant la découverte du microbiome caché. D'après les données de Cambridge, ces formulations ne ciblent qu'une fraction connue des bactéries intestinales, laissant de côté les milliers d'espèces récemment identifiées.

Le problème est concret : CAG-170 n'a jamais été cultivée en laboratoire (à l'exception d'une seule souche sur plus de 300 identifiées, d'après Nutrition Insight). Ces bactéries sont extrêmement sensibles à l'oxygène, présentes en faible concentration et nécessitent des conditions nutritionnelles très spécifiques. Les chercheurs explorent des pistes comme la supplémentation en arginine (un acide aminé que CAG-170 ne semble pas pouvoir produire seul) et la co-culture avec d'autres micro-organismes, mais aucun produit n'est envisageable à court terme.

L'industrie des probiotiques, qui représente un marché de près de 500 millions d'euros en France (selon les données du secteur des compléments alimentaires), n'a tout simplement pas suivi le rythme de la recherche sur le microbiome, comme le souligne le Dr Almeida.

Ce qu'en dit la science : probiotiques et microbiote intestinal

L'étude de Cambridge est une méta-analyse, un type de recherche offrant un niveau de preuve élevé, portant sur 11 115 métagénomes. Son titre officiel : « Meta-analysis of the uncultured gut microbiome across 11,115 global metagenomes reveals a candidate signature of health ».

Ce n'est pas la première fois que l'efficacité des probiotiques classiques est questionnée. En 2018, une étude du Weizmann Institute (Israël), publiée dans Cell, avait montré que la colonisation intestinale par les probiotiques varie fortement d'une personne à l'autre. Certains individus, qualifiés de « résistants », les rejettent totalement, tandis que d'autres (« persistants ») les acceptent. Le Pr Eran Elinav concluait alors que les probiotiques ne devraient pas être considérés comme un complément universel.

L'Inserm confirme cette prudence : le microbiote intestinal est un écosystème complexe dont l'équilibre ne se résume pas à quelques souches. Côté recherche, l'INRAE travaille sur des probiotiques de nouvelle génération intégrant des espèces comme Faecalibacterium, une bactérie anti-inflammatoire associée à la santé intestinale, et explore les postbiotiques (fragments bactériens inactifs mais immunomodulants). L'EFSA a d'ailleurs publié en novembre 2025 une nouvelle guidance harmonisée pour l'évaluation des micro-organismes dans la chaîne alimentaire, signe que le cadre réglementaire s'adapte aux avancées scientifiques.

Le consensus actuel reste émergent : CAG-170 est un marqueur prometteur de la santé intestinale, mais les applications thérapeutiques nécessitent encore des tests de sécurité, la vérification de la colonisation intestinale à long terme et la capacité à cultiver ces bactéries à grande échelle.

Comment nourrir votre microbiote en attendant les probiotiques de demain

Si aucun probiotique ne contient encore CAG-170, les fibres alimentaires prébiotiques restent la meilleure stratégie pour soutenir votre microbiote intestinal. Elles servent de nourriture aux bactéries bénéfiques, y compris potentiellement aux espèces du microbiome caché, selon les recommandations de l'Inserm et de l'INRAE.

Aliments riches en fibres prébiotiques : ail, oignon, poireau, asperge, artichaut, banane pas trop mûre, avoine, graines de lin. L'artichaut, en particulier, contient de l'inuline, un prébiotique qui stimule la croissance des bactéries bénéfiques.

Aliments fermentés (sources naturelles de diversité microbienne) : yaourt nature, kéfir, kombucha, choucroute crue, kimchi, miso, tempeh.

Le principe est simple : plus votre alimentation est variée en végétaux, plus votre microbiote est riche. Les données suggèrent qu'il faut environ six semaines pour modifier significativement son microbiote en changeant ses habitudes alimentaires. Si vous cherchez d'autres pistes naturelles pour soutenir votre santé, notre guide des remèdes naturels contre les allergies aborde aussi le rôle des probiotiques dans la réponse immunitaire.

À l'inverse, certains facteurs appauvrissent la flore : les antibiotiques non nécessaires, l'alimentation ultra-transformée et l'excès de sucres raffinés.

Faut-il arrêter vos probiotiques ?

Non, et ce serait même une mauvaise conclusion à tirer de cette étude. Les probiotiques classiques peuvent avoir des effets modestes mais réels chez certaines personnes, notamment sur le confort digestif. Les données sont encourageantes, mais il faut nuancer.

Ce que l'étude de Cambridge nous apprend, c'est que les probiotiques actuels ne ciblent pas les bactéries les plus corrélées à la santé globale. CAG-170 n'est pas encore cultivable : aucun complément ne peut en contenir aujourd'hui. Il serait donc prématuré de tout remettre en question. Comme pour la berbérine présentée comme « Ozempic naturel », il faut se méfier des conclusions hâtives sur les compléments alimentaires.

La stratégie la plus raisonnable : privilégier une approche alimentaire globale (fibres prébiotiques et aliments fermentés) plutôt que de tout miser sur des gélules, et surveiller les avancées. Les probiotiques de nouvelle génération, intégrant des espèces du microbiome caché, pourraient arriver dans les prochaines années.

Si vous suivez un traitement probiotique pour une pathologie digestive, consultez votre médecin ou gastro-entérologue avant de le modifier. Et si la clé de la santé intestinale n'était pas dans une gélule, mais dans votre assiette ?


Thomas Lechèque

Journaliste scientifique passionné de santé publique, Thomas décrypte les études, les alertes institutionnelles et les données nutritionnelles pour les rendre accessibles à tous. Il croit que comprendre la science, c'est reprendre le pouvoir sur sa santé.