Depuis le 1er janvier 2026, la France est devenue le premier pays européen à interdire les PFAS cosmétiques (interdiction 2026). Une avancée majeure pour la santé publique, portée par la loi n° 2025-188. Mais voilà le problème : avec un délai d'écoulement des stocks de 12 mois, votre mascara waterproof ou votre fond de teint longue tenue pourrait encore en contenir jusqu'à fin décembre 2026. Comment savoir si vos produits sont vraiment « clean » ? Ce guide vous donne les clés pour décoder vos étiquettes, repérer les molécules à éviter et choisir des alternatives certifiées.
PFAS dans les cosmétiques : de quoi parle-t-on exactement ?
Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) forment une famille de plus de 4 000 composés synthétiques, créés dans les années 1950 pour leurs propriétés exceptionnelles : ils repoussent à la fois l'eau et les graisses. Dans l'industrie cosmétique, ces propriétés sont exploitées pour rendre les produits résistants à l'eau, fixer les pigments et lisser les textures.
Quels produits sont les plus concernés ? Les mascaras waterproof, les fonds de teint longue tenue, les poudres compactes, les soins anti-âge (pour leur effet liftant et leur capacité à retenir l'hydratation), les vernis à ongles et les fards à paupières. En somme, une bonne partie de la routine maquillage quotidienne de millions de personnes.
Surnommés « polluants éternels », les PFAS ne se dégradent quasiment pas dans l'environnement et s'accumulent dans l'organisme au fil des expositions. Selon une étude de l'Inserm publiée le 30 janvier 2025 dans la revue Environment International, l'analyse de 367 femmes enceintes recrutées entre 2014 et 2017 dans la région de Grenoble a révélé des concentrations significatives de PFAS. Les chercheurs ont mis en évidence un lien entre cette exposition et des altérations du placenta : trois PFAS spécifiques (PFHxA, PFHpA, PFTrDA) semblent affecter l'intégrité des villosités placentaires, et sept types de PFAS sont associés à une réduction du poids placentaire, avec des répercussions potentielles sur le poids de naissance.
Il faut nuancer : il s'agit d'une exposition cumulée à de multiples sources (eau, alimentation, cosmétiques), pas uniquement au maquillage. Mais chaque source contribue à la charge totale, et les cosmétiques appliqués quotidiennement sur la peau constituent une voie d'exposition directe.
Ce que dit la loi du 27 février 2025 sur l'interdiction des PFAS cosmétiques
La loi n° 2025-188, adoptée le 20 février 2025 par l'Assemblée nationale (231 voix pour, 51 contre) et promulguée le 27 février 2025, pose un cadre inédit en Europe. Depuis le 1er janvier 2026, il est interdit de fabriquer, importer, exporter et mettre sur le marché tout cosmétique contenant des PFAS en France.
Le décret n° 2025-1376 du 28 décembre 2025 précise trois seuils de concentration résiduelle :
- 25 ppb (parties par milliard) par PFAS individuel mesuré par analyse ciblée (hors polymères)
- 250 ppb pour la somme des PFAS détectés avec dégradation préalable des précurseurs (hors polymères)
- 50 ppm (parties par million) pour les PFAS incluant les polymères
L'interdiction s'applique sans distinction entre présence intentionnelle et contamination résiduelle, ce qui en fait l'une des réglementations les plus strictes au monde.
Point crucial : un délai d'écoulement des stocks de 12 mois est prévu pour les produits fabriqués avant le 1er janvier 2026. Des cosmétiques contenant des PFAS peuvent donc légalement rester en rayon jusqu'à fin décembre 2026. C'est précisément ce décalage qui rend votre vigilance indispensable pendant toute cette année de transition.
Pour la suite, la France prévoit une extension de l'interdiction à tous les textiles (vêtements, ameublement, textiles industriels) au 1er janvier 2030, avec des exemptions limitées pour les équipements de protection individuelle et les textiles contenant au moins 20 % de matière recyclée post-consommation. Au niveau européen, l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) étudie une restriction universelle des PFAS qui pourrait couvrir l'ensemble des produits de consommation.
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Comment repérer les PFAS sur vos étiquettes cosmétiques
La méthode la plus fiable reste la lecture de la liste INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients), obligatoirement présente au dos de chaque produit cosmétique vendu en France. Le signal d'alerte principal ? Tout terme contenant « fluoro » ou « perfluoro ».
Voici les noms INCI les plus courants à repérer :
- PTFE (polytétrafluoroéthylène, le fameux Téflon)
- Perfluorodecalin
- Perfluorononyl Dimethicone
- Polyperfluoromethylisopropyl Ether
- Methyl Perfluoroisobutyl Ether
- Perfluorohexylethyl Triethoxysilane
- Perfluorohexane
- Polyperfluoroethoxymethoxy Difluoroethyl PEG Phosphate
En pratique, scanner une liste de 30 ingrédients aux noms imprononçables n'est pas toujours simple. Les applications Yuka et INCI Beauty permettent de scanner le code-barres d'un produit et d'identifier immédiatement la présence de PFAS. INCI Beauty identifie à ce jour 8 PFAS principaux présents dans plus de 100 références cosmétiques distribuées en France.
Attention toutefois : certaines études ont montré que des produits testés en laboratoire contenaient des traces de PFAS alors que la liste INCI n'en faisait aucune mention. L'application reste un premier filtre utile, mais pas une garantie absolue. En cas de doute, vous pouvez contacter directement le fabricant pour demander un certificat d'analyse.
Si vous vous intéressez aux substances chimiques problématiques dans d'autres produits du quotidien, notre guide sur les perturbateurs endocriniens dans la cuisine détaille les gestes concrets pour réduire votre exposition au BPA, aux phtalates et aux PFAS dans les ustensiles de cuisson.
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Quelles alternatives certifiées choisir pour remplacer les cosmétiques avec PFAS ?
Face à la multiplication des allégations « sans PFAS » ou « clean beauty » autoproclamées, comment distinguer le marketing de la réalité ? La réponse tient en un mot : la certification indépendante.
Les labels Cosmébio et COSMOS Organic interdisent les PFAS depuis leur création. Ils excluent toutes les substances fluorées de synthèse de leurs cahiers des charges. Le label Ecocert COSMOS Natural offre les mêmes garanties. À l'international, le label NATRUE impose des ingrédients d'origine naturelle et exclut également les substances de synthèse fluorées.
Parmi les marques françaises certifiées disponibles en pharmacie et en grande surface :
- Cattier — certifié Cosmébio/Ecocert, plus de 50 ans d'existence
- Melvita — certifié Cosmébio, fondé en Ardèche en 1983
- Avril — certifié Ecocert, gamme accessible à partir de 3 euros environ
- Weleda — certifié NATRUE, présent en pharmacie depuis 1921
Ces marques proposent des gammes complètes de maquillage et de soins sans PFAS.
Ce qui va renforcer cette exigence de transparence : la directive européenne 2024/825 contre le greenwashing, à transposer d'ici le 27 mars 2026 et applicable dès le 27 septembre 2026. Elle rendra les allégations environnementales non fondées illicites. Les marques affichant « clean » ou « sans polluants » sans certification vérifiable pourront être sanctionnées. D'après le bilan de la DGCCRF pour 2023-2024, plus de 3 000 établissements ont été contrôlés dans les secteurs textile, cosmétique et ameublement, aboutissant à 430 injonctions de mise en conformité et plus de 70 amendes administratives pour pratiques commerciales trompeuses.
Précautions : qui est le plus exposé aux PFAS cosmétiques ?
Le délai d'écoulement des stocks signifie que des produits non conformes peuvent rester en vente jusqu'à fin 2026. Premier réflexe : toujours vérifier la liste INCI, même sur un achat récent.
Selon l'ANSES, qui a publié en octobre 2025 une expertise inédite portant sur 142 PFAS et près de deux millions de données de contamination, les risques documentés d'une exposition prolongée aux PFAS incluent :
- Des perturbations thyroïdiennes et hépatiques
- Des effets sur la reproduction (fertilité, grossesse)
- Une perturbation endocrinienne
- Un potentiel cancérogène (le CIRC classe le PFOA comme cancérogène pour l'homme, groupe 1)
- Des effets sur le système immunitaire
Les populations les plus vulnérables sont les femmes enceintes, les femmes allaitantes et les adolescentes, chez qui l'exposition hormonale est accrue. L'étude de l'Inserm citée plus haut confirme que les PFAS traversent la barrière placentaire et peuvent affecter le développement fœtal.
Pour autant, pas de panique : il ne s'agit pas de jeter tous ses produits du jour au lendemain. L'approche la plus raisonnable consiste à adopter une transition progressive, en remplaçant chaque produit terminé par une alternative certifiée. Si un doute persiste sur un produit spécifique, vous pouvez consulter la base de données d'INCI Beauty ou contacter le fabricant pour obtenir le certificat d'analyse.
En cas de préoccupation particulière, notamment pendant la grossesse ou l'allaitement, consultez un professionnel de santé qui pourra vous orienter sur les précautions adaptées à votre situation. La question des perturbateurs endocriniens dépasse d'ailleurs les cosmétiques : le fluorure de sodium, présent dans la plupart des dentifrices, fait lui aussi l'objet d'une proposition de classification comme perturbateur endocrinien par l'ANSES.
Et après : ce qui va encore changer pour les PFAS en France et en Europe
Le calendrier des prochaines échéances est désormais établi. Dès le 1er janvier 2030, l'interdiction des PFAS s'étendra à tous les textiles en France (ameublement, vêtements techniques, textiles industriels), avec des exemptions conditionnelles pour les usages sans substitut disponible. À noter : les ustensiles de cuisine antiadhésifs (Téflon/PTFE) restent pour l'instant exclus de l'interdiction française — un sujet que l'on suit de près, notamment dans notre article sur les gestes pour éliminer les perturbateurs endocriniens en cuisine.
Depuis le 12 janvier 2026, une directive européenne rend obligatoire la surveillance de 20 PFAS dans l'eau du robinet. En décembre 2025, l'ANSES a confirmé que 92 % des échantillons d'eau analysés contenaient du TFA (acide trifluoroacétique), le plus petit des PFAS, soupçonné d'être toxique pour le foie et potentiellement perturbateur endocrinien.
Au niveau européen, la restriction universelle des PFAS à l'étude par l'ECHA pourrait, à terme, couvrir tous les produits de consommation dans l'Union européenne. Et dès septembre 2026, la directive anti-greenwashing imposera aux marques de prouver chaque allégation environnementale.
En attendant, le meilleur réflexe reste simple : privilégiez les marques transparentes sur leurs formulations et dotées d'une certification indépendante. Les polluants éternels ne concernent d'ailleurs pas que les cosmétiques — ils se retrouvent aussi dans notre alimentation, comme le montrent les études sur les aliments ultra-transformés et leurs effets sur la santé. Votre peau, et la planète, méritent mieux. Avez-vous déjà vérifié la composition de votre mascara ?