Un complément alimentaire sur trois contrôlé par la DGCCRF présente des anomalies. Allégations thérapeutiques interdites, dosages fantaisistes, compositions non conformes : le rapport publié le 3 novembre 2025 dresse un constat sévère. Avec un marché de 2,7 milliards d'euros en 2023 selon Synadiet et près d'un adulte sur deux qui consomme des compléments, savoir repérer une arnaque sur un complément alimentaire n'est plus un luxe. Voici ce que révèle l'enquête, et surtout comment vous protéger concrètement.
Ce que révèle l'enquête DGCCRF 2023
Les chiffres sont sans détour. Sur 270 établissements contrôlés (fabricants, distributeurs, salles de sport, sites internet), la DGCCRF a relevé des anomalies dans environ un tiers des cas. Le bilan des suites est tout aussi parlant : 71 injonctions, 25 procès-verbaux pénaux et 5 procès-verbaux administratifs. L'enquête a également donné lieu à 67 avertissements, dont 14 concernant des compléments destinés exclusivement aux enfants.
Les anomalies couvrent une gamme large : emploi d'allégations thérapeutiques interdites (du type « prévient le cancer » ou « traite le diabète »), allégations santé non justifiées, et écarts parfois importants entre les dosages annoncés sur l'étiquette et les dosages réels mesurés en laboratoire, selon le rapport de la DGCCRF.
Le volet enfants est particulièrement préoccupant. Sur 45 produits destinés aux enfants de la naissance à 10 ans analysés en laboratoire, 27 se sont révélés non conformes. Dans 90 % des cas, les non-conformités portaient sur des écarts de teneur en vitamines ou en minéraux, d'après les résultats publiés par la DGCCRF. Concrètement : votre enfant pourrait recevoir plus (ou moins) que ce qui est indiqué sur la boîte, sans que vous puissiez le savoir.
Les 5 signaux d'alerte sur une étiquette de complément alimentaire
Repérer un produit douteux ne demande pas de compétences en biochimie. Selon les constats de la DGCCRF et les recommandations d'UFC-Que Choisir, voici les cinq signaux d'arnaque sur un complément alimentaire les plus fiables.
1. Des allégations thérapeutiques. Tout complément qui prétend « prévenir », « traiter » ou « guérir » une maladie est en infraction avec le règlement européen (CE) n° 1924/2006. Un complément alimentaire n'est pas un médicament : il ne peut revendiquer aucune propriété curative. Selon la DGCCRF, c'est l'anomalie la plus fréquemment relevée lors des contrôles.
2. Une liste d'ingrédients interminable. Plus un complément contient d'actifs, plus le risque d'interactions et de sous-dosages augmente. Un produit sérieux cible un ou deux ingrédients à dose efficace, pas quinze à doses homéopathiques.
3. L'absence de numéro de lot et de traçabilité. Sans numéro de lot clairement visible sur l'emballage, impossible de tracer le produit en cas de rappel sanitaire. C'est une mention obligatoire au titre du décret n° 2006-352, et son absence est un signal d'alerte immédiat.
4. Un fabricant introuvable. Méfiance envers les marques sans adresse en France, sans numéro SIRET vérifiable. Si vous ne trouvez aucune information sur le laboratoire en ligne, passez votre chemin. Comme pour l'ashwagandha récemment interdit au Danemark, la traçabilité du fabricant est un critère essentiel de sécurité.
5. Des promesses miraculeuses. « Résultats visibles en 48 h », photos de médecins en blouse blanche, témoignages avant/après spectaculaires, « essai gratuit » avec abonnement caché : selon UFC-Que Choisir, ces techniques sont caractéristiques des arnaques les plus courantes dans le secteur des compléments alimentaires.
Au-delà de ces cinq signaux, vérifiez la présence des mentions obligatoires : dose journalière recommandée, avertissement de ne pas dépasser la dose, mention « ne se substitue pas à une alimentation variée et équilibrée », et mise en garde pour les enfants. Ces obligations découlent du décret n° 2006-352 et du règlement (CE) n° 1169/2011 relatif à l'information des consommateurs. L'absence de l'une d'entre elles constitue, en soi, une anomalie réglementaire.
Comment vérifier la fiabilité d'un fabricant
Vous avez repéré un complément qui vous intéresse. Comment savoir si le fabricant est sérieux ? Voici les vérifications concrètes que vous pouvez effectuer en quelques minutes.
Vérifiez l'appartenance à Synadiet. Le Syndicat national des compléments alimentaires regroupe environ 300 adhérents (fabricants, distributeurs, fournisseurs d'ingrédients). Ses membres suivent une charte qualité et sont soumis à des audits réguliers. Une recherche rapide sur synadiet.org permet de vérifier si une marque en fait partie.
Cherchez le numéro de déclaration DGAL. Tout complément alimentaire commercialisé en France doit être déclaré auprès de la Direction générale de l'alimentation (DGAL) depuis mars 2006, conformément au décret n° 2006-352. Si un fabricant ne peut pas fournir ce numéro, c'est un signal d'alerte fort.
Exigez un certificat d'analyse (COA). Un fabricant sérieux fait analyser chaque lot par un laboratoire indépendant et publie les résultats sur son site. Si aucun certificat d'analyse n'est disponible, posez la question directement au service client. L'absence de réponse est, en elle-même, une réponse.
Privilégiez l'achat en pharmacie ou parapharmacie. Selon les données de Synadiet, les pharmacies représentent plus de la moitié du marché des compléments alimentaires en France, avec une croissance de 7 % en valeur en 2023. L'avantage n'est pas seulement la qualité du conseil : le pharmacien peut vérifier les interactions potentielles avec vos traitements en cours. C'est un filet de sécurité que l'achat en ligne ne peut pas offrir.
Consultez également la plateforme SignalConso de la DGCCRF (signal.conso.gouv.fr) pour vérifier si des signalements ont été déposés contre un produit ou un distributeur.
Précautions et contre-indications
L'enquête de la DGCCRF ne dit pas que les compléments alimentaires sont dangereux en soi. Elle dit que le marché est insuffisamment contrôlé et que certains acteurs abusent de la confiance des consommateurs. La nuance est importante. Mais certaines populations doivent redoubler de vigilance.
Femmes enceintes et allaitantes. Évitez tout complément non validé par votre médecin ou sage-femme. Le risque de surdosage en vitamine A, notamment, est bien documenté par l'ANSES, et plusieurs plantes courantes dans les compléments sont déconseillées pendant la grossesse.
Enfants. Les chiffres de la DGCCRF parlent d'eux-mêmes : 27 produits sur 45 destinés aux enfants étaient non conformes. Vérifiez systématiquement que les dosages sont adaptés à l'âge et au poids, et ne vous fiez pas uniquement à la mention « spécial enfants » sur l'emballage.
Personnes sous traitement médicamenteux. Certains compléments interagissent avec des médicaments de manière cliniquement significative. Le millepertuis réduit l'efficacité de nombreux médicaments (antidépresseurs, contraceptifs oraux, anticoagulants). La vitamine K interfère avec les anticoagulants de type AVK. Le curcuma est déconseillé par l'ANSES en association avec des traitements anticancéreux ou anticoagulants. Même la mélatonine en vente libre fait l'objet d'alertes de l'ANSES en raison de ses interactions. Consultez votre médecin ou pharmacien avant toute prise, même pour un complément qui vous semble anodin.
Achat en ligne. Ne commandez jamais sur des sites sans mentions légales, sans adresse physique ou basés hors de l'Union européenne. Selon la DGCCRF, les anomalies sont encore plus fréquentes sur les sites internet que dans les circuits physiques. Cette mise en garde vaut également pour les produits à base de CBD, dont la réglementation reste floue.
En cas d'effet indésirable, déclarez-le sur le portail de nutrivigilance de l'ANSES. Ce dispositif a recueilli environ 500 signalements en 2024, selon le rapport annuel de nutrivigilance de l'ANSES, mais les experts estiment que le nombre réel d'effets indésirables est largement sous-déclaré. Chaque signalement compte pour améliorer la surveillance du marché.
Que faire si vous avez un doute sur un produit
Vous avez un complément chez vous et quelque chose vous semble suspect ? Voici les trois démarches concrètes à entreprendre.
Signalez sur SignalConso. La plateforme officielle de la DGCCRF (signal.conso.gouv.fr) est gratuite et anonyme. Votre signalement sera transmis au professionnel concerné et pourra, si nécessaire, déclencher un contrôle. C'est le geste citoyen le plus efficace pour assainir le marché.
Déclarez tout effet indésirable. Le portail de nutrivigilance de l'ANSES (nutrivigilance.anses.fr) collecte les signalements d'effets secondaires liés aux compléments alimentaires. C'est grâce à ce dispositif que l'ANSES a pu émettre des alertes sur plusieurs produits, dont un cas de décès par hépatite fulminante associé au complément Slim Metabol contenant du Garcinia cambogia, signalé dans le bulletin VigilAnses n° 26 de juillet 2025.
Consultez votre pharmacien. Pour une vérification rapide des interactions médicamenteuses ou un avis sur la qualité d'un produit, le pharmacien reste votre meilleur interlocuteur. Il a accès aux bases de données d'interactions et connaît les marques fiables distribuées dans son circuit.
La DGCCRF annonce un renforcement des contrôles sur toute la chaîne : importation, fabrication, distribution et vente en ligne. En attendant, c'est à vous de jouer les premiers filtres. Ces vérifications prennent moins de cinq minutes, et elles pourraient vous épargner une arnaque sur un complément alimentaire, voire un risque pour votre santé.